Lundi 11 mai 2020, après deux mois de confinement, comme un retour de longues vacances, de longue maladie, de longue détention… Deux mois que le temps est en pointillés, où nous avons appris qu’il n’avait pas de valeur ou plutôt qu’il était précieux. Deux mois pour réfléchir, cuisiner, lire, marcher… Deux mois où la déprime, la négligence de soi, volontaire ou pas, nous ont frôlés et parfois touchés; où on n’a pas hésité à casser une image sérieuse en osant répondre à un défi lancé sur un réseau social ; où on a sûr-travaillé avec internet pour se donner l’illusion d’être aussi utile que celles et ceux des premières lignes de front, applaudis par une partie d’entre nous tous les soirs à vingt heures ; où ceux qui n’avaient pas de muscles s’en sont fait et ceux qui vivaient des leurs les ont vus fondre ; où nous avons tous fini avec des têtes de yéyés ; où un savant aux allures de beatnik a inquiété ses collègues en nœud pap; où les jeunes enfants ont eu ras le bol de leurs jeunes parents et où les vieux enfants se sont fait un sang d’encre pour leurs vieux parents, et vice versa ; où s’est aggravée la violence toujours contre les mêmes, les enfants, les femmes, les différents ; où les « GAFAM », Google, Apple, Facebook, Amazone, Microsoft, que le monde d’après se doit de maîtriser s’il veut exister, ont vu leur poids et leur fortune exploser en même temps qu’ils accentuent le contrôle et la marchandisation de nos vies; où certains politiques et journalistes ont monopolisé la parole et décidé de ce qui était moral ou pas, publiable ou pas.

Il paraît que la presse a des archives mais pas la mémoire de ce qu’elle écrit. Heureusement le peuple lui en a, même si parfois elle est courte.
Le retour, non pas à la vie, mais à une vie, a sonné. Souvent nous maudissions celle d’avant : trop vite, trop de voitures, trop d’ordres, trop de stress, trop d’exploitation, trop de misère, trop d’indifférence, trop de domination, trop d’argent à un pôle pas assez à un autre, trop d’armes et de guerres, trop de bourse, de marchés financiers, de dividendes. Maintenant, tout de suite, pas demain, nous pouvons faire un petit ou un grand truc pour entrer réellement dans un autre monde : plus lent, plus beau, plus juste, plus humain, plus pacifique, plus solidaire, plus piéton, plus cyclo, plus respectueux de la planète et de l’humain, plus fraternel, plus ouvert, plus réfléchi… Jamais peut-être une telle occasion planétaire de faire un bon vers le bien être humain et environnemental ne s’est présentée, sans que nous soyons passés par une guerre meurtrière. En 1789, en 1830, en 1871, en 1914, en 1945, nos aînés ont fait des choix qu’ils croyaient justes et ont bouleversé, sinon l’ordre établi du moins l’ordre des choses. À nous maintenant de ne pas louper le coche qui se présente, et ne se représentera sans doute pas de si tôt. Sans haine ni violence mais avec la force des idées et de l’action pacifique, ou sinon c’est que nous n’aurions rien appris de la période que nous venons de traverser et de ce qui nous y a conduit.

Quelques mois avant le confinement un ami m’a dit qu’il n’aspirait qu’à une chose : la retraite. Il irait se promener avec son chien, ramasserait des asperges et aux champignons… Il « permacultiverait » son petit jardin, ferait pousser de bons fruits et légumes en même temps que ses cheveux et sa barbe. Au premier jour du déconfinement, de cette liberté surveillée, nous nous sommes vus et il a changé d’avis. Il a retrouvé une pêche d’enfer, l’envie de lutter pour changer le monde, le rendre bien meilleur pour ses petits-enfants et les générations futures.

Tellement de choses peuvent changer… !

Nicolas Garcia.

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