Pour moi la première analyse à tirer de ces présidentielles c’est que le mode électoral et le fonctionnement institutionnel (présidentialisme) liés à la 5ème république sont à bout de souffle et finissent par mettre l’équilibre démocratique de notre pays en danger. Par ailleurs, je crois qu’il faut regarder les choses sereinement, détacher de l’émotion et de la gravité que constitue la présence de l’extrême droite renforcée au second tour : une gauche qui atteint à peine les 30% au premier tour ne peut pas gagner la présidentielle sauf à penser être élue au second avec les voix d’une Le Pen ou d’un Zemmour.
Que cela soit en 1981 ou en 2012 Mitterrand et Hollande ont été élus en se qualifiant seuls pour le premier tour avec un Marchais (PCF) à 15% pour le premier et avec Jean Luc Mélenchon à 11% et Eva Joly à 3% pour le second. je pourrais aussi rajouter qu’Eric Zemmour à 7% n’a pas empêché Le Pen de mieux se qualifier qu’en 2017 pour le second tour et que Jean Luc Mélenchon n’a pas atteint le second tour en 2012 et 2017 malgré l’absence de candidat communiste, un soutien sans faille du PCF et l’absence de candidat écologiste du moins en 2017. Le vote utile a certes joué pour Macron, Le Pen et Mélenchon mais s’il faut ne garder comme candidat que ceux qui ont une chance de se qualifier au second tour alors supprimons le premier tour en déléguant notre pouvoir démocratique aux sondeurs et ce sont eux qui décideront qui doit aller au second tour. On voit bien que c’est autre chose qui doit être imaginé et c’est sans doute une des bases sur lesquelles le camp du progrès et de l’écologie doit se réinventer. Chacun avec nos sensibilités fixons nous l’objectif de supprimer l’élection présidentielle au suffrage universel qui donne des supers pouvoirs à une seule personne pour lui substituer un régime parlementaire amené par une proportionnelle intégrale (ou presque). C’est ainsi, avec des variantes, que fonctionnent la plus part des démocraties, petites ou grandes, dans le monde avec un parlement qui choisit le chef de l’État. Après ce désastre électoral celles et ceux qui ne renoncent pas à une France du partage, du vivre ensemble, de la citoyenneté, de la paix, de la justice sociale, de l’égalité et de la parité doivent réinventer une gauche moderne, populaire, écologiste et diverse (ce qui ne veut pas dire divisée). Le pluralisme est une richesse! Nous le savons tous, dans le camp du progrès il y a divers degrés de radicalité. Que chacun cherche à convaincre de la justesse de ses idées n’est pas un handicap au contraire, à condition d’être aussi capables en fonction de l’élection et du mode électoral dominant de nous entendre sur un projet partagé, construit avec et pour les citoyens, comme nous savons le faire pour les municipales, les départementales ou les régionales. Ensuite nous trouverons les candidates et candidats les mieux à même d’incarner ce projet devant l’électorat. Au reste débarrassés du système présidentiel, que d’aucuns en leur temps ont à juste titre appelé le coup d’État permanent,nous éviterions cette personnalisation autour de la femme ou de l’homme providentiel qui n’a rien de progressiste et qui le plus souvent divise. Certes cela demandera du temps, mais comme le propose le PCF nous pouvons déjà commencer la démarche aux législatives qui suivront la présidentielle pour tenter d’imposer une cohabitation au prochain président.e. ou en tout cas un maximum de député.e.s de gauche et écologistes. Pour le Deuxième tour de la présidentielle il va de soi que j’utiliserai le bulletin Macron, que je ne cesserai par ailleurs de combattre, pour faire que l’extrême droite ne dirige jamais la France.
Nicolas Garcia.