« Je suis moi aussi maire d’une commune confrontée aux grands passages des gens du voyage qui, pour protéger des équipements publics et parfois privés, investit des sommes importantes. Je n’ai donc de leçons à donner à quiconque car trop souvent les élus locaux faisons face seuls à ces situations compliquées. Ce que nous vivons me rappelle le début des années 2000 avec la promulgation de la loi Besson. À cette époque nous parlions peu de grands passages, de missions évangélistes… Nous avions quelques soucis avec quelques caravanes de voyageurs qui tournaient toute l’année et restaient parfois plusieurs mois sur des terrains de fortunes indignes d’un pays civilisé. Nous avions en partie réglé le problème avec l’aide, y compris financière, de l’état, en créant des petites aires d’accueil adaptées (entre 15 et 30 places).
Pour n’avoir pas anticipé l’explosion des grands passages, nous sommes à nouveau dans la difficulté et cela pourrait devenir grave, voire explosif. Disons-le tranquillement ce n’est pas en détruisant les quelques structures existantes, au demeurant pour la plupart non adaptées, ni en fustigeant les préfets que nous résoudrons le problème. Que cela plaise ou non, le mode de vie des voyageurs est heureusement reconnu et accepté par l’Union Européenne et les pays qui la composent. Il faut donc répondre par les infrastructures correspondantes si nous voulons éviter les conflits récurrents. Cette réponse ne peut être que collective avec un engagement y compris financier de l’état. Comme maire d’Elne et premier vice-président du Département je demande, moi aussi, une réunion urgente de la commission départementale des gens du voyage. Il serait irresponsable de faire le dos rond en espérant que l’été passe et en attendant les difficultés de l’été prochain.
Il est grand temps :
– de se donner un site informatique où nous puissions afficher les places disponibles dans les aires existantes;
– de mettre à jour le schéma départemental des gens du voyage;
– de travailler solidairement entre toutes les communes, pour sélectionner des terrains en friche municipaux ou réquisitionnés, y mettre eau, électricité, toilettes, avec l’aide (y compris financière) de l’état, Département, Régions habituels financeurs des mairies et des collectivités EPCI (qui le plus souvent ont hérité cette compétence);
– d’avoir une réflexion collective entre élus et services de l’État pour cibler les terrains, sachant que la plupart des voyageurs sont prêts à payer un droit de place
– de communiquer toutes les municipalités ensemble de façon solidaire devant la population, surtout des communes accueillantes.

Nous savons aujourd’hui qu’il nous faut anticiper aussi la volonté pour les voyageurs vieillissants de s’installer dans des terrains familiaux.
Humainement nous ne pouvons ni entrer en guerre à chaque fois que les beaux jours arrivent, ni avoir des comportements hostiles à quelque catégorie de population que ce soi.« 

Nicolas Garcia