Presque 20 ans nos bureaux ont été côte à côte, des heures et des heures d’échanges, des fêtes partagées à Paris, au Bocal du Tech, quelques engueulades et autant de réconciliations. Nous nous aimions beaucoup ! Faut dire que malgré tes côtés provoq, dilettante, je décide seul… énervants, tu savais te faire aimer, respecter, entendre aussi, car tu défendais toujours les plus malheureux, les opprimés, les défavorisés. Et tant pis si tu ne respectais pas toujours les statuts de notre parti, tu étais un communiste authentique capable de se révolter contre la moindre injustice. Colette qui a été élu à la région avec toi a très justement écrit que tu « croyais en un monde nouveau d’où seraient bannies toutes les injustices. » que tu « étais de ces hommes rares qui sont prêts à sacrifier leur confort pour un idéal. » C’est tellement vrai, tellement fort ! Le militant énervant, avec son « chien d’ivrogne qui fout des poils partout » comme j’aimais à te chambrer, hantera longtemps les couloirs de la fédé et les allées de la fête du Travailleur Catalan que tu dirigeais et que tu connaissais si bien. Ces derniers temps la décision de la mairie d’Argelès de s’en prendre au terrain du Bocal du Tech occupait continuellement ton esprit et pour tout dire minait ton moral.  Militant syndical CGT, François Fillon, alors ministre du travail avait décidé de te licencier, suite à des mouvements de grève et des manifestations pour que les ASF (Autoroute du Sud de la France) et l’argent qu’elles rapportaient, demeurent propriété publique et deviennent ensuite gratuites. Tu avais ensuite refusé que l’on prélève ton ADN de militant syndical condamné, comme un vulgaire délinquant sexuel. Nombre de militants syndicalistes, communistes, progressistes ont alors manifesté pour ta relaxe. Je ne sais ensuite combien de combats tu as mené, combien de squats ouverts pour abriter les déboutés du droit d’asile, les réfugiés politiques… En 2019, ensemble et avec d’autres, nous avions élaboré le projet génial et d’avenir que nous avions appelait « RER Catalan ». Les cheminots étaient ta seconde famille et comme dans toutes les familles parfois on se dispute, mais tu étais des leurs. Je ne sais pas si petit tu rêvais de conduire des trains, mais en tout cas je suis sûr d’une chose tu aurais aimé être cheminot. Je n’imagine même pas la douleur d’Eva et Ines, tu les aimais tellement. Pour Hélène qui partageait ta vie c’est l’horreur, le monde s’effondre et pour Sylvie, la maman de tes filles, la tristesse est assurément énorme et que dire de celle de tes parents. Depuis ce triste dimanche de merde et l’annonce de l’affreuse nouvelle les messages défilent de solidarité, de respect, d’amour, de reconnaissance, tu n’aurais pas aimé ces hommages, toi qui était un vrai humble, toi qui ne croyait qu’en la vie. Tu nous quittes mon ami, mon frère, mon camarade, tu avais plein d’idées, plein de projets, plein d’amour à proposer, à mener, à donner. Tu m’avais dit : « pars tranquille, je reste encore un peu à la fédé pour aider Freddy à bien appréhender sa nouvelle tâche ». « Putaing » tu m’as menti ! Ce n’est pas cool ! Je sais que tu n’aimais pas l’idée de vieillir mais quand même te faire la belle si jeune, c’est con ! Mais bon tu ne faisais jamais rien comme tout le monde et c’est aussi pour ça que nous t’aimions. A bientôt copain, de celles et ceux qui t’ont connu, rares sont ceux qui t’oublieront… et nous, nous continuerons le combat pour un monde meilleur et plus juste, pour changer la vie, le combat du communiste que tu n’as jamais cessé d’être.

PS : Ah et si tu croises Jean Pierre Bacri dans la stratosphère, un autre pied noir progressiste comme toi, dis-lui bien des choses de notre part. Je suis sûr que vous allez vous poiler.

Nicolas Garcia.