Rencontre avec les prisonniers politiques catalans dans leurs prisons : honneur, chance et émotion!

Si Marie Pierre Vieu (députée Européenne) et moi n’étions pas élus communistes, si nous étions José Bové, maire de Perpignan, député En Marche ou président du département, probablement que notre visite des prisons et des prisonniers politiques catalans qui s’y trouvent, vendredi 7 septembre, aurait suscité un intérêt beaucoup plus important de la part des « médias d’aqui », notamment télé et radio qui n’en ont pas pipé mot! Ils s’appellent Jordi Cuixart e Jordi Sanchez, l’an dernier ils dirigeaient les deux plus importantes associations culturelle et citoyenne de Catalogne, aujourd’hui voilà plus de 10 mois qu’ils sont privés de liberté pour rien. Avec eux sont aussi embastillés à Lledoners (Manresa) Oriol Junqueras, Raul Romeva, Jordi Turull,  Josep Rull, Joaquim Forn, Dolors Bassa (prison de Figueres), Carme Forcadell (Tarragona). Hier encore ils côtoyaient les plus grands de ce monde, étaient respectés, ministre de l’intérieur porté aux nues parce que sa police (les Mossos) ont résolu très vite l’affaire des attentats de Barcelone et Cambrils. Ils étaient tous consellers (ministres) de la Generalitat de Catalunya, présidente du Parlement Catalan… aujourd’hui tous en prison.

L’enjeu du procès créer une jurisprudence démocratique!

L’emprisonnement, l’exil et le procès tronqué et faussé, en préparation, des responsables politiques et culturels catalans, est un sujet majeur qui engage l’avenir démocratique d’une Europe où l’extrême droite et de la droite autoritaire ne cesse de grandir. D’ailleurs les prisonniers que nous avons rencontrés en appellent à une « jurisprudence démocratique ». En effet, si les « chefs » de l’Europe, mais aussi les partis politiques, les syndicats, les citoyens laissent juger, voire comdamner ces femmes et hommes, au terme d’un procès instruit à charge, avec par exemple le refus d’intégrer des images de TV3 en pièces à conviction, comment empêcherons nous en Italie, Hongrie, Pologne, France peut être.. d’interdire des manifestations ou pire d’enfermer des opposants politiques? N’est ce pas déjà ce qui se passe aux portes de l’Europe (Turquie, Russie…)? De même la situation se dégrade en Catalogne, des incidents se multiplient et une étincelle peut mettre le feu aux poudres. Sans référendum mettant toutes les options sur la table, si les prisonniers et exilés politiques ne sont pas libérer et ne peuvent pas revenir sans conditions, cette situation perdurera et s’aggravera. Leur condamnation ne règlera rien aux aspirations populaires, parce que le problème est essentiellement politique, la solution ne peut être que politique. De ce point de vue, les prisonniers que nous avons rencontrés ne lâcheront rien! Ils n’accepteront pas de renoncer à la politique, ni de reconnaitre la moindre culpabilité, après des moments de doutes qu’ils ont pu traverser lorsqu’ils été emprisonnés séparément à Madrid sans cesse sous pression y compris les plus douteuses, ils sont sur leur terre, plus fort et plus combatifs que jamais.

Prêts à passer 5 ans en prison!

Ce sont eux qui rassurent et encouragent leurs proches, ils se disent prêt à rester 5 ans en prison dit Raul Romeva, porte parole improvisé du groupe lors de notre rencontre. Dans la prison de Lledoners, dans la pièce où nous nous sommes tous retrouvés, prisonniers, députés européens et moi, le conseller (ministre) des relations extérieures de la Generalitat de Catalunya destitué par Madrid explique : « Nous gagnerons devant la cour européenne, cela ne fait aucun doute, mais d’abord il faut passer par la justice espagnole et ses recours, puis attendre la transmission devant la justice européenne cela prendra au moins 5 ans si la justice espagnole nous condamne. » Il poursuit : « si nous avions renoncé à faire de la politique, à parler publiquement comme certains de nos collègues, ou comme le major Trapero, nous serions dehors aujourd’hui ». La preuve que le problème est politique!  De même pour justifier la préventive dans un pays où elle ne s’applique pratiquement que pour les crimes de sang … « le juge nous a accusé, sans aucune preuve, de violence extrême et s’est appuyé sur notre refus de renoncer publiquement à notre idéal pour invoquer le risque de récidive et nous garder en prison! ». Pour eux si « la dépouille de Franco pourrit à Madrid  au Valle de los caidos l’âme du dictateur hante encore une partie de l’Espagne. » Enfin les prisonniers dénoncent ce qu’ils appellent un « croisement des pouvoirs » dans l’Espagne qui les a emprisonné « Rajoy disait ce qui était légal et le juge qui devait diriger la Catalogne ». 

Une rencontre intéressante, émouvante, instructive! Espérons que la Diada qui regroupera mardi 11 septembre au moins un million et demi de Catalanes et catalans permettent de sensibiliser encore et encore l’Europe à la libération des prisonniers politiques.

Nicolas Garcia.

 

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