Generalitat de Catalunya : Rajoy perd les élections du 21 – D, sa politique est condamnée dans les urnes.

Les élections en catalogne ont eu lieu jeudi 21 décembre, leur résultat ne peut être contesté mais le contexte dans lequel il est intervenu doit l’être fortement. Au sein de la vieille Europe « démocratique » jamais élection ne se sont déroulées dans des conditions aussi faussées. Deux têtes de listes empêchés, l’un en prison depuis le 2 novembre, l’autre en exil depuis deux mois et d’autres candidats sont dans le même cas. Par ailleurs perquisitions, menaces, mises à l’écart de fonctionnaires, de journalistes…, poursuites, interdictions ont été le lot de la société catalane depuis le 20 septembre. Ensuite les catalans ont eu à subir la mise en œuvre de l’horrible article 155 de la constitution Espagnole. Enfin, durant la campagne, les forces « espagnolistes » ont bénéficié de toutes les aides logistique, finances, médias… de l’Etat Espagnol (Rajoy a littéralement « campé » en Catalogne tout le temps de la campagne officielle), ajoutons-y toutes les tricheries possibles notamment sur les listes électorales et sur le vote des catalans de l’extérieur (réputé indépendantiste). Malgré cela, ensemble, les trois partis indépendantistes sortants obtiennent la majorité absolue en sièges et tant le parti de Rajoy que l’application du 155 sont laminés.

Il est possible naturellement de ne s’en tenir qu’à l’apparence des choses dans la lecture des résultats. C’est ce que font la plus part des médias espagnols, français et internationaux, la grande majorité des politiques espagnols et européens à l’image Rajoy et ses alliés qui, comme le dit l’expression populaire tentent de « s’accrocher aux branches ». Nous pouvons y voir aussi les faits comme ils sont, dans leurs contradictions. L’apparence des chiffres d’abord : camp indépendantiste est battue, écrasante victoire de Ciutadans, anti indépendantistes majoritaires, la droite a gagné…

La réalité est plus complexe!

Quelques certitudes d’abord : avec 70 sièges (la majorité absolue est à 68) et près de 47,6 % des voix, la victoire est indiscutable pour les partis indépendantistes sortants. L’ERC (34)et Junts per Catalunya (32) obtiennent 66 sièges soient 4 de plus qu’en 2015 où leur liste commune disposait de 62 députés. La somme des forces qui n’étaient pas dans la coalition indépendantiste sortante qui a voté la déclaration unilatérale d’indépendance, totalisent 65 sièges le 21-D au soir. Les 4 députés de la CUP (extrême gauche très indépendantiste)n’iront pas plus loin que l’abstention pour l’élection à la présidence de la Generalitat  même si aucun accord n’aboutit avec Junts per Catalunya (Puigdemont) et Esquerra Republicana de Catalunta (Oriol Junqueras). Personne donc n’est en situation aujourd’hui d’empêcher les souverainistes de diriger la Generalitat de Catalunya. Les résultats font apparaître non pas deux camps en Catalogne mais trois : les constitutionnalistes espagnols représentent 30% (Ciutadans + PP); les favorables à un fédéralisme ou à une plus forte autonomie de la Catalogne en Espagne (En Comù Podem et PSC) pèsent 20%; ceux qui sont pour l’Indépendance (JpC, ERC, CUP) représentent 47,7 % des suffrages exprimées soit près de la moitié de la société catalane. Les forces qui pourraient s’accorder sur un référendum d’autodétermination (ERC, JPC, CUP, En Comù Podem), cumulent 78 députés et avoisinent les 56% des suffrages. La droite n’est pas majoritaire dans l’indépendantisme (ERC + CUP, 36 sièges – 25,5% et JpC, 34 sièges -21,7%) et si elle l’est à peine dans l’hémicycle, il faudrait être fou pour imaginer le centre droit catalan travailler avec ciutadans ou le PP. Au demeurant les élections du 21 – D en Catalogne n’était pas très propices à une expression droite contre gauche mais comme chacun l’imagine plutôt indépendance ou pas, dans ces circonstances une coalition telle « En Comù – Podem » y a laissé quelques plumes. Le PP de Mariano Rajoy est défait, il perd 8 députés et n’en comptent plus que 3, cela remet sérieusement en cause sa légitimité dans toute l’Espagne. Le PSC (+1) est stable, la CUP a souffert du vote utile (- 4) tout comme « En Comù Podem » dans une moindre mesure (-3), ensemble Junts per Catalunya, coalition de Puigdemont (34 députés) et ERC conduite depuis sa prison par Oriol Junqueras (32 députés), gagnent 4 sièges, en effet leur liste unique avaient obtenu 62 députés en 2015, séparés le 21 – D ils en disposent de 66. Ciutadans amenés par Ines Arrimadas, une jeune femme de 36 ans, devient le parti le plus voté en Catalogne (25,4% + 12 députés), il est clair que cette formation a surtout siphonné le parti de la vieille droite réactionnaire (PP) et a bénéficié des mobilisations de l’électorat « espagnoliste ». Telle est la réalité des résultats du scrutin! Désormais les indépendantistes de l’avant 155, lui aussi largement rejeté par les catalans (56% et 78 députés), disposent de 66 à 70 députés soit la majorité absolue ou, au pire, d’une bonne majorité relative, dans le cadre pourtant d’une participation de 81,94%, historique pour l’Espagne et la Catalogne. Qui pourrait remettre en cause leur légitimité? Rajoy qui gouverne avec moins de 30% des voix et une majorité relative très fragile qui ne dépend plus que des Basques? Macron qui n’a atteint que 24% au premier tour et a obtenu plus de 50% au second parce qu’il était opposé à la seule Le Pen? Merkel qui ne peut même pas constituer de majorité?

Mariano Rajoy ne reconnaît pas aujourd’hui les vrais vainqueurs de ces élections qu’il a convoqué croyant infliger la défaite à ceux qui les ont gagnées, l’Europe ne semble pas disposer à le faire non plus. La Déclaration Unilatérale d’Indépendance me parait difficile à remettre sur les rails dans les mêmes conditions que précédemment. Par ailleurs personne ne sait encore aujourd’hui, pas même les premiers concernés, ce qu’il adviendra de Carles Puigdemont (exil forcé), d’Oriol Junqueras (prison) et des autres dans le même cas, si, comme il est probable, les uns et les autres sont investis de responsabilités identiques aux précédentes au sein de la République Catalane. Aucune hypothèse ne peut être exclue, celle d’élections générales en Espagne et d’un référendum d’autodétermination en Catalogne pas plus que les autres. Au final ne serait-il pas le compromis acceptable pour toutes et tous, Europe et Espagne comprises.

Nicolas Garcia.

2 réflexions au sujet de « Generalitat de Catalunya : Rajoy perd les élections du 21 – D, sa politique est condamnée dans les urnes. »

  1. Les listes de droite: juntsXcat + ciudadanos + PP représentent plus de 51% des voix. Vraiment pas de quoi se réjouir. Je ne sais pas où classer le PS. En France non plus d’ailleurs.

    1. Ajouter le PP et junts per Catalunya voir même Ciutadans et Junts per Catalunya c’est hasardeux (même si en effet on peut tous les placer côté droit de l’échiquier politique). Tout les sépare pourtant. Par ailleurs ce n’est pas la même droite, la droite catalane centriste, démocrate chrétienne, est économiquement très libérale mais a une dimension humaniste qui n’a rien à voir avec le PP. Quand à la droite réactionnaire catalane (très a droite, extrême droite, très croyante) a voté majoritairement pour Ciutadans et un peu pour le PP. Ajoutons aussi que beaucoup d’électrices et électeurs de gauche ont voté pour Junts Per Catalunya pour un soutien symbolique au Président en Exil qui représente pour eux la Generalitat donc situer tous cet électorat à droite c’est aussi hasardeux. Vraiment pour analyser les élections et la situation en catalogne il faut essayer de se débarrasser du mode de pensée avec lequel nous analysons la politique en France.

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