Dimanche 8 octobre, Barcelone sudmergée par des centaines de milliers d' »unionistes » espagnols.

Combien étaient-ils? 350000 selon la Guardia Urbana de Barcelona, 900000 selon les organisateurs, venus en bus, trains, avions, de toute l’Espagne et de Catalogne, à l’appel des partis conservateurs de droite Partido Popular dont certains ministres étaient en tête de cortège, de Ciudadans qui soutiennent Mariano Rajoy, des socialistes espagnols et catalans mais aussi de 5 organisations et groupuscules d’extrême droite espagnols et catalans dont la plus connue est la « Falange » ou « Plataforma per Catalunya ». On se souviendra qu’en Espagne existe depuis toujours une frange de partisans d’une patrie indivisible ce qui avait fait dire dans les années 30 à Calvo Sotello, ministre pourtant anticommuniste du gouvernement fasciste de Primo de Rivera : « Antès una España roja que una España rota » « mieux vaut une Espagne rouge qu’une Espagne explosée ». Les médias français et Espagnols ont toujours minimisé ou diffusé au second plan les impressionnantes mobilisations catalanes ou la sauvagerie de la Guardia Civil dans les bureaux de votes dimanche dernier. Pourtant là, ils ont tous ouvert leurs journaux télévisés par les images de ce rassemblement « espagnoliste » pour une Espagne indivisible, encouragé par Mariano Rajoy sur tweeter. Ils n’ont pas eu honte de qualifier ce mouvement de majorité silencieuse. A partir de quel chiffre, de quel élément? on ne sait pas. Une manière comme une autre de mettre de l’huile sur le feu et de diviser. Bien évidemment tout le monde a le droit de manifester y compris en venant de toute l’Espagne, surtout si c’est pacifiquement, comme en l’occurrence cela semble avoir été le cas, malgré l’agressivité verbale et quelques accrochages avec les Mossos d’Esquadra (police catalane) pris à partie. Personne ne peut croire aujourd’hui que c’est en jetant des populations les unes contre les autres que les choses vont s’arranger en Catalogne. Dimanche dernier 2 200000 habitantes et habitants de la Principauté ont voté malgré la violence à leur encontre, les vols d’au moins 400 urnes, la suspension des opérations de vote en milieu d’après-midi pour préserver les urnes… En tout on estime à 3 millions le nombre de votants dont 90% ont dit oui à « une catalogne indépendante sous forme de République ». Au moment de la restitution des résultats cette semaine une projection a été faite, si 70% des personnes inscrites avaient voté (ce qui est le chiffre des plus grosses participations de ces 30 dernières années toutes élections confondues en catalogne) et si tous les votants supplémentaires (entre les 44% de la semaine dernière et 70% participation possible dans un nouveau référendum) votaient non, le oui l’emporterait encore. Certes cela ne veut pas dire grand chose, sinon que la volonté d’Indépendance des Catalans n’est pas une chose secondaire en Catalogne et que s’il n’est pas toujours juste d’imposer des choix à une minorité, il est encore moins acceptable de les imposer à une majorité. Et en tout état de cause il n’est pas pardonnable d’envoyer la troupe pour agresser violemment des personnes qui souhaitent décider par vote de l’avenir de leur pays. Que l’on ne vienne pas invoquer le caractère inconstitutionnel de ce référendum pour justifier les coups de matraques sur des grands mères, des handicapés ou des adolescents, ce qui équivaut à renvoyer dos à dos victimes et bourreaux. Aujourd’hui je crois que personne, pas même je crois Rajoy et Puigdemont, ne sait comment les choses finiront, tant la situation est inextricable. Pourtant qui peut penser que sans une médiation, les choses peuvent s’arranger. Autant demander à une épouse battue de discuter avec son agresseur plutôt que de divorcer.  Dans 6 mois ou dans 6 ans la catalogne sera indépendante, le processus est selon moi irréversible. Les nombreux jeunes qui ont vécu ces semaines funestes du 20 septembre à la grève générale n’oublieront pas l’image de la Guardia Civil occupant les conselleries (ministères), les journaux, les imprimeries, les sièges des partis politiques. Ils n’oublieront pas les violences contres leurs pères, leurs mères, leurs grand mères. Ils n’oublieront pas les urnes volées, les résultats ignorés, les aspirations bafouées… Dans ces conditions, celles et ceux qui pensent que les catalans pourraient revenir à un statut quo se trompent lourdement. Il convient de travailler à une solution politique négociée avec une médiation extérieure. Pourtant cette solution ne peut ignorer le résultat du référendum du 1er octobre, qui pour moi est valable, même si c’est pour en organiser un nouveau et que les personnes qui vivent sur le « Principat de Catalunya » puissent donner leur avis sur l’avenir de leur territoire. Ce qui est bien la moindre des choses dans un pays (l’Espagne) qui a reconnu et signé toutes les chartes nationales et internationales qui reconnaissent le droit des peuples à l’autodétermination.

Nicolas Garcia.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *