Le Canal d’Elne et la nappe quaternaire sont-ils menacés par l’arasement des seuils sur le Tech?

La « nouvelle doctrine » des services de l’état en matière de fleuves et rivières est la continuité écologique, essentiellement laisser descendre les sédiments (sables et graviers) vers la mer et laisser remonter les poissons notamment. Bien évidemment, il n’est pas question de remettre en cause ici la nécessité de la continuité écologique. Mais avant de tout lui sacrifier il faut je crois réfléchir aux conséquences, aux solutions, aux investissements… compte tenu des difficultés financières des collectivités (mairies, départements, communautés de communes) qui découlent des différentes décisions gouvernementales de Sarkozy à Macron en passant par Hollande. L’Indépendant de vendredi 11 aout évoque la situation du Tech, du Canal d’Elne et du Paléochenal qui alimente les importantes nappes  quaternaires. Ma responsabilité de vice -président du Conseil Départemental en charge des politiques de l’eau m’a conduit à intervenir, il y a quelques mois, dans une réunions où siégeaient des techniciens de la DREAL, des élus de la communauté de communes, des mairies, du syndicat du Tech. Faisant valoir les dangers de déconnection du Canal d’Elne et, plus grave parce que possiblement irréversible, du Paléochenal alimentant les nappes quaternaires, j’ai demandé une étude complémentaire à ce sujet. Je précise que le Département aux côtés de l’agence de l’eau financeront à 70% ou plus l’étude sur le Tech et celle sur le Canal d’Elne (obligatoirement portée par la commune).

Par ailleurs j’ai fait une contribution écrite, dans l’enquête publique sur le Sage Tech Albères, dont voici l’intégralité.

« Nicolas Garcia, Vice – Président du Conseil Départemental en charge des politiques de l’eau, Maire d’Elne de 2001 à 2014, Conseiller Municipal d’Elne, conseiller communautaire à la communauté de communes ACVI. C’est à tous ces titres que je donne mon avis dans cette enquête publique. En préalable, je me permets de noter que les éléments donnés dans le Sage concernant l’usage en eau potable : alimentation du quaternaire, fragilité du Tech très souvent en déficit d’eau, augmentation régulière de la population notamment près de l’embouchure du Tech, nécessité de pérenniser et de sécuriser la ressource par le biais de maillages, nécessité de « se tourner » vers la retenue Villeneuve de la Raho (dont l’eau provient d’une autre vallée), nécessité de rechercher de nouvelles ressources alternatives… Tout cela conforte la proposition portée par le Conseil Départemental des Pyrénées Orientales à savoir la création à l’horizon 2020, d’un syndicat mixte départemental de production d’eau potable, composée des EPCI et du Département. L’objectif est qu’ensemble les citoyens, au travers de leurs collectivités, aient la maitrise qualitative et quantitative complète de la ressource en eau du département, qu’elle provienne du Pliocène, du quaternaire, de la rivière… Concernant l’enquête proprement dite et son contenu, je souhaite évoquer la question du Canal d’Elne et surtout celle du Paléochenal qui alimente les nappes quaternaires dans lesquelles puisent leur eau potable les communes d’Elne, Latour Bas Elne et Saint Cyprien et qui constituent aussi leur réserve pour l’avenir. Sur la partie aval du Tech, du Boulou à la mer, 5 ouvrages transversaux majeurs ont été édifiés afin de répondre à divers besoins (alimentation eau potable, irrigation, voirie, etc.). Toutefois, la présence de ces ouvrages a un impact négatif sur l’environnement puisqu’ils perturbent notamment la libre circulation piscicole et sédimentaire. Aujourd’hui, les différents propriétaires de ces seuils ont une obligation réglementaire, à savoir 2018, pour réaliser des travaux qui permettront de rendre leur ouvrage transparent vis-à-vis de la continuité écologique. Dans ce contexte, le Syndicat gérant les eaux du Tech (SIGA) s’est porté maître d’ouvrage pour réaliser une étude globale afin de définir le meilleur scénario d’aménagement pour chacun des 5 seuils concernés en fonction des différents enjeux, contraintes et usages. Ceci permettant d’épauler les propriétaires, de mutualiser les différentes études afin d’effectuer des économies d’échelles et de les aider à obtenir un maximum de financement public.

Cette étude a ainsi été divisée en 2 phases :

  • la première consiste à définir les différents scénarios d’aménagements pour chacun des ouvrages (étude terminée) ;
  • la seconde vise à étudier les conséquences de l’abaissement des côtes des seuils sur les connexions entre le Tech et les nappes phréatiques utilisées pour l’alimentation en eau potable (en cours de démarrage – été 2017).

Ainsi plusieurs scénarios sont possibles mais les résultats de l’étude complémentaire seront déterminants pour valider les solutions d’aménagements finales. Cependant il est possible, qu’un abaissement de la côte de ces seuils soit réalisé qui aurait pour conséquence de déconnecter les différentes prises d’eau. Dans ce cas de figure, des stations de pompage seraient mises en place afin de pouvoir renvoyer l’eau du Tech vers les canaux.

SITUATION CANAL D’ELNE :

Le canal d’Elne est le plus ancien canal présent sur le Tech, outre son usage agricole, il possède une valeur patrimoniale précieuse, il assure aussi le maintien d’une biodiversité et l’irrigation de parcelles agricole ou des jardins ouvriers. Ce canal est alimenté en eau par l’intermédiaire d’un seuil présent sur le Tech qui perturbe la libre circulation piscicole et sédimentaire. Aujourd’hui, la réglementation oblige le propriétaire du seuil à restaurer cette continuité écologique dans un délai extrêmement proche (2018). Ainsi, le SIGA du Tech s’est porté maître d’ouvrage pour la réalisation d’une étude globale afin de définir les différents aménagements envisageables pour chacun des seuils concernés.

La deuxième partie de l’étude va démarrer et permettra de définir le scénario d’aménagement :

  • passe à poisson avec maintien de la côte du seuil : pas de déconnexion canal/Tech ;
  • passe à poisson avec abaissement partiel de la côte du seuil : déconnexion du canal et réalisation d’une station de pompage.

Je pense donc que rien ne doit être mis en œuvre avant que toutes les études ne soient terminées et en particulier celle qui vise à démontrer que l’abaissement des seuils et notamment celui situé au droit de la prise d’eau du Canal d’Elne, n’entraine pas un désamorçage du Paléochenal (probablement irréversible si cela arrivait), « asséchant » à terme les nappes quaternaires citées plus haut ? Ce risque existe en temps normal et serait à coup sûr aggravé en cas de plusieurs années consécutives de sècheresse, scénario que plus personne ne peut sérieusement exclure. On ne peut raisonnablement prendre ce risque très grave, s’il s’avère que celui-ci existe. Par ailleurs et quoiqu’il en soit, il faut aussi la certitude, la garantie, que le maintien de l’alimentation en eau du canal d’Elne sera préservée d’une manière ou d’une autre. »

 

Une réflexion au sujet de « Le Canal d’Elne et la nappe quaternaire sont-ils menacés par l’arasement des seuils sur le Tech? »

  1. Merci pour cette explication très claire des différents problèmes qui vont se poser. On comprend très bien les deux intérêts qui s’opposent. Déjà pour limiter le gaspillage de l’eau il faudrait commencer par curer ces canaux d’arrosage car je pense qu’ils ne l’ont pas été depuis que tu n’est plus maire. Ils sont dans un état !

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