A 38 jours du scrutin, la population de Catalogne votera dans un contexte très particulier, décryptage!

Les prisons de Madrid détiennent les « deux Jordis », présidents d’associations, depuis 1 mois et depuis près de 15 jours les huit conselleres et consellers (ministres) de la Generalitat de Catalunya dont le vice-président. La campagne électorale des élections législatives en Catalogne va démarrer. Ces dernières permettront d’élire les députés au parlement catalan qui ensuite choisiront la ou le Président de la Generalitat de Catalunya. Samedi autour de 800000 personnes, soit 10% de la population catalane du sud et aussi du nord, ont occupé le « carrer de La Marina », celui qui symboliquement va de la Montagne à la Mer, et pas mal de rues adjacentes. Unanimement les manifestants réclamaient la liberté pour les prisonnières et prisonniers politiques catalans en Espagne, la récupération des institutions catalanes, la fin du 155 et le droit à se prononcer dans les urnes sur le futur de la Catalogne. Personne n’envisageait samedi entre la Sagrada Familia et le Port Olympic que les souverainistes puissent perdre le 21D, ni que Rajoy maintienne le 155 après ces élections quel que soit le camp victorieux. Au delà des esbroufes, des interprétations fallacieuses de certains médias internationaux dont les français, au diapason de TVE 1 à l’image d’une presse espagnole qui prend ses désirs pour des réalités, je ne crois absolument pas à une vraie division des souverainistes. Pourquoi? Et bien parce que séparés mais avec un objectif commun, CUP, ERC et PeDeCat peuvent « ratisser » plus large.

« Toutes les voix qui se porteront sur d’autres listes que celles des souverainistes valideront la manière dont Mariano Rajoy, le PP, Ciutadans, le PSOE (PSC en catalogne), traitent la catalogne et les catalans : violences du 1 octobre sur les électrices et électeurs parfois très âgées et aussi très jeunes, violences de l’application de l’article 155 de la constitution Espagnole, violences dans les emprisonnements injustifiés… »

Un groupe de jeunes gens, rencontrés dans un bistrot de Barcelone, samedi 11 N juste avant la manif, accepte l’échange. « J’ai voté Colau! » explique Kris séduit à l’époque par les indignés, Patri, sa sœur, est plutôt communiste, elle affirme l’avoir fait elle aussi car Esquerra Unida i Alternativa s’est « fondue » dans la liste de l’actuelle édile Barcelonaise. Le couple qui les accompagne vote habituellement socialiste, comme leurs parents. Aujourd’hui les quatre ont l’air déterminé :  « nous voterons pour la liste la plus proche de nos idées mais pour une république catalane indépendante ». Les évènements intervenus depuis le 20 septembre avec le pic du référendum du 1 – O, sont inoubliables, impardonnables, indépassables. « Les espagnols ont montré qu’ils n’aiment pas la Catalogne » et même le jeune roi Philippe VI dans son discours a bien fait comprendre que « nous n’étions pas son peuple ». La messe est dite! Deux voteront pour la CUP et deux pour l’ERC, et tous l’affirment « nous ne l’aurions jamais fait, s’il y avait eu une liste commune avec le PeDeCat ». Un peu plus tard, dans la manifestation, attiré par un attroupement et le flash des cameras, j’aperçois Albano Dante Fachin, député catalan, ex secrétaire général de Podem Catalunya, récemment débarqué par Pablo Iglesias, le leader national de Podemos. J’interroge l’un de ses camarades qui l’accompagne « Fachin explique ses regrets! Une liste commune avec PeDeCat, ERC, CUP et Podem, portant la récupération des institutions catalanes, l’arrêt immédiat du 155, la libération des prisonnières et prisonniers politiques, l’organisation d’un référendum d’autodétermination immédiatement après les élections, aurait recueilli au moins 75% des suffrages et 60% des sièges au parlement catalan. Rajoy aurait du démissionner et organiser des élections législatives en Espagne. »

Certes ces quelques avis pris ça et là, le 11 novembre à Barcelona, ne font pas un sondage, cependant la dualité et la radicalisation, du vote transpirent! Elles risquent d’emporter des partis comme les socialistes ou comme En Comù Podem! Pour les premiers au moins, il serait mérité de plonger, comme le PP de Rajoy, dans les abysses électorales. Les élections auront lieu dans 38 jours, d’ici là beaucoup de choses peuvent arriver. De nombreuses pressions pèseront sur les catalanes et catalans : libération des prisonnières et prisonniers politiques, avant les élections, pour amadouer la population; menaces de délocalisation d’entreprises, de « cerveaux » (scientifiques, artistes…), de banques; sur le non paiement des retraites et pensions; quelques sales affaires ressortiront sans doute de placards où elles n’auraient jamais dû être cachées; des théories et des révélations fumeuses sur le processus souverainiste mené par le gouvernement de Puigdemont et la majorité parlementaire conduite par Carme Forcadell. Bref rien ne sera épargné dans cette campagne.

Pour l’heure où en est-on?

Chacun a plusieurs fers au feu et jusqu’au 16 novembre, date définitive des dépôts de candidatures, tout est encore possible dans chaque camp. Seul Podem, qui a perdu sa direction emblématique, et En Comù (communistes, écologistes, podemos catalunya) semblent surs de leur affaire. Ils vont former une liste dépourvue d’ « unionistes espagnols » et de souverainistes catalans. Ils porteront le projet d’une Espagne fédérale. Le PP de Rajoy devrait légèrement reculer au profit de Ciutadans, l’autre parti nationaliste espagnol de droite, auquel il propose de faire liste commune en y ajoutant les socialistes. L’idée étant de faire une liste unique de ceux qui rejettent l’indépendance. Le PSC équivalent en Catalogne du PSOE en Espagne, n’a pas osé aller jusque là, mais annonce quand même, après avoir fait des appels du pied sans succès à Podem, l’arrivée sur ses listes du numéro deux de « Societat Civil » mouvement citoyen nationaliste espagnol. PeDeCat (centre droit libéral, parti de Puigdemont), ERC (gauche indépendantiste social-démocrate) et CUP (extrême gauche indépendantiste), semblent avoir choisi la voie du « ratissage large » et du « chacun les siens » avec un accord tacite se situant entre le pacte de non agression et l’indépendance déclarée si victoire en pourcentage et en sièges pour les trois listes additionnées. Dernier enjeu de cette élection, mais pas des moindres : en cas de défaite des trois formations souverainistes le 21 – D, l’exil provisoire de Carles Puigdemont durerait sûrement plusieurs années et les 10 prisonnières et prisonniers politiques catalans resteraient en prison pour très longtemps. Car même si la préventive devrait s’arrêter avant le scrutin, le jugement pourrait s’avérer très dur ensuite.

Nicolas Garcia.

 

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