80è anniversaire de la bataille de l’Ebre, ils sont venus se battre et parfois mourir sur cette terre pour un idéal.

Le 16 novembre 1938, s’achevait la dernière et la plus dure des batailles de la guerre d’Espagne. Elle débuta le 25 juillet de la même année, fit plus de 30000 tués, plusieurs centaines de disparus dont chaque année on retrouve trace, 75000 blessés, des dizaines de milliers de prisonniers et, quelques semaines plus tard, l’exode de près de 500000 républicains et pour le plus grand nombre d’entre eux l’exil. Cette bataille se déroulait sur les terres de l’Ebre, le fleuve, ses rives, les collines qui le surplombent constituaient les lignes de front. Le week-end dernier La Fatarella, Flix, Mirabet, Gandesa, Corbera d’Ebre… rendaient hommage aux braves combattants, catalans, espagnols mais aussi aux brigadistes internationaux, ces plus de 10000 jeunes gens, communistes pour la plus part, arrivés de France, de Suisse, des USA, d’Allemagne, d’Ecosse, d’Irlande, d’Angleterre, du Danemark, d’Union Soviétique, de Yougoslavie… et prêts à donner leur vie pour la « segunda republica española » … Leurs brigades se nommaient Lincoln, Commune de Paris, Paul Vaillant Couturier, Marseillaise … Pour paraphraser le poète, ils ont « combattu partout la bête immonde, des brigades d’Espagne à celles des maquis. Leur jeunesse était l’Histoire de ce monde et ils avaient pour nom Kostov, London ou Slansky »… pour trop d’entre-eux le combat s’est malheureusement arrêté en Espagne. En 1938, presque tous étaient regroupés sur le Front de L’Ebre et en ce week-end anniversaire, La Fatarella, commune qui surplombe la rivière mythique d’Aragon et Catalogne leur rendait hommage. Ils se battaient aux côtés de leurs frères communistes, socialistes, anarchistes catalans et Espagnols, souvent issus de la classe biberon (la quinta del biberon). Deux frères ainés de mon père Emilio et Antonio, s’y sont battus l’un fut blessé près du cimetière de Villalba, l’autre se trouvait à la Serra de Pandols. La Fatarella compte de nombreux lieux de batailles et un beau mémorial « Les Camposines » en hommage aux disparus de cette guerre civile, petit à petit identifiés, grâce aux ossements retrouvés encore aujourd’hui et à l’ADN. Dimanche 18 novembre, par exemple, la ministre de l’intérieur de la Generalitat de Catalunya, au cours de l’hommage qu’elle présidait à La Fatarella, annonçait la restitution à sa famille des restes d’un brigadiste italien, jusqu’à présent anonyme. Autre exemple, sur l’une des nombreuses plaques de ce Mémorial figure le nom de l’Illibérien Henri Montès, identifié il y a quelques années. Il existe aussi dans cette commune, située au cœur de ce que fut la bataille de l’Ebre, une « Pinède de la mémoire » dans cette forêt, depuis quelques années, quand revient l’automne, des plaques aux noms de brigadiste internationaux, venus combattre en Espagne, sont suspendues aux pins. Parmi la trentaine de plaques accrochées le week-end dernier figurait celle du père de mon camarade des PO, Roger Rio. En 1938, ce jeune ouvrier communiste breton (25 ans) combattait le fascisme sur les terres de l’Ebre, dans un pays qui n’était pas le sien, risquant sa vie pour un idéal qui le poussa ensuite à affronter le nazi. A la veille du 80ème anniversaire de la Retirada cette commémoration témoignant de l’enthousiasme républicain et de celui des antifascistes du monde entier, fait du bien dans le contexte mondial actuel.

Nicolas Garcia

 

 

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